NBA : joueurs et coachs face au fléau du tanking
- NBA
- avril 8, 2026
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Le fléau du tanking en NBA : un mal nécessaire pour reconstruire ?
Alors que la NBA fait face à une montée inquiétante du tanking, stratégie consistant à perdre délibérément des matchs pour améliorer ses chances à la draft, joueurs, entraîneurs et dirigeants expriment leur frustration. Cette pratique, autrefois marginale, s’est banalisée et touche désormais près d’un tiers des équipes, posant un défi majeur à l’intégrité sportive de la ligue.
Des exemples récents illustrent la problématique
En mars, le Utah Jazz a signé Andersson Garcia, un joueur méconnu et non drafté, pour un contrat de 10 jours. Garcia, qui n’était qu’un remplaçant universitaire et un joueur défensif pour les Mexico City Capitanes, a été utilisé massivement, totalisant jusqu’à 48 minutes sur le parquet lors d’un match, avant d’être rapidement libéré. Pourtant, durant ses 169 minutes de jeu, le Jazz a été dominé de 69 points.
De même, les Memphis Grizzlies, qui ont perdu 15 de leurs 17 derniers matchs, ont battu un record NBA en alignant 25 joueurs différents en tant que titulaires cette saison, multipliant les signatures de joueurs de G League comme Lucas Williamson, Adama Bal et Lawson Lovering pour renforcer ce phénomène.
Une stratégie inspirée et copiée
Selon plusieurs sources NBA, cette tactique a été popularisée par le Thunder d’Oklahoma City il y a quelques années. Un dirigeant d’une équipe en plein tanking a confié à ESPN : « C’est une ligue de copieurs. Toutes les idées évoluent. Quand ça marche, ça se répand. »
Au terme d’une reconstruction rapide, le Thunder avait engagé des joueurs peu considérés au niveau NBA, comme Georgios Kalaitzakis, Melvin Frazier et Zavier Simpson, leur donnant des rôles importants sur le terrain lors des derniers matchs de la saison 2021-22. Résultat : des défaites massives et un record parmi les pires, leur assurant une place avantageuse à la loterie de la draft, où ils ont sélectionné Chet Holmgren, aujourd’hui un titulaire clé d’une équipe championne.
Une pratique qui divise mais perdure
Le tanking est devenu une véritable épidémie, avec au moins huit équipes engagées dans une course à la défaite pour améliorer leurs chances au tirage au sort d’une draft très riche. Si tous reconnaissent son utilité stratégique, peu l’apprécient. Steve Kerr, entraîneur des Golden State Warriors, a ainsi déclaré : « Je déteste ça » (I hate it).
Un général manager de la Conférence Ouest résume : « Ces équipes font tout : sortir les joueurs en fin de match, aligner des compositions inefficaces, créer des systèmes pour des tirs mauvais. C’est impressionnant de créativité et je ne les blâme pas. C’est la meilleure stratégie pour progresser. Regardez les équipes les plus prometteuses : Thunder, Spurs, Pistons, Rockets, Hornets. Des années de défaites pour bâtir sur de hauts choix de draft. C’est douloureux mais ça en vaut la peine. »
Des conséquences sur le jeu et les joueurs
Les ordres de la direction arrivent de plus en plus tôt dans la saison, ce qui engendre des mois de basket peu compétitif et souvent peu attrayant. La moyenne d’écart de points cette saison est de 13,1 points, un record historique, avec 89 matchs décidés par 30 points ou plus.
Le commissaire Adam Silver a récemment reconnu la difficulté de distinguer entre tanking et reconstruction, affirmant : « Nous prenons ce problème très au sérieux et nous allons le régler. Point final. » (Full stop.)
Exemple frappant : Wizards vs Warriors
Le 27 mars, lors d’un match entre les Washington Wizards et les Warriors, les motivations étaient opposées : Golden State voulait encore croire aux playoffs tandis que Washington cherchait à protéger un pick de draft. Le jeune pivot Alex Sarr, pivot clé de la reconstruction des Wizards, a rapidement accumulé les fautes, jusqu’à être expulsé en plein troisième quart-temps, sans être remplacé pour préserver son temps de jeu. Cette gestion illustre les habitudes douteuses que le tanking peut engendrer.
Steve Kerr a commenté : « C’est un phénomène étrange, unique cette saison. Je n’ai jamais vu ça avant. » (I think it’s pretty unique to this season.)
Sanctions et limites du contrôle
La NBA a infligé une amende de 500 000 dollars au Jazz en février pour avoir mis leurs meilleurs joueurs sur le banc en fin de matchs serrés. Pourtant, malgré la recrudescence des pratiques similaires, aucune nouvelle sanction n’a été appliquée depuis. Draymond Green des Warriors a ironisé : « Il faut continuer à infliger des amendes. Les joueurs aiment l’argent, pourquoi ce ne serait pas pareil pour les équipes ? »
Une pratique généralisée et ancienne
Presque toutes les franchises ont recours au tanking depuis plusieurs décennies. Mark Cuban, ancien propriétaire des Dallas Mavericks, avait été sanctionné en 2018 pour avoir admis publiquement cette stratégie. D’autres équipes, comme les Pacers ou les Warriors, ont également été sanctionnées ou reconnues coupables de tanking à divers moments.
Impact humain et dilemme moral
Au-delà des chiffres, le tanking affecte les joueurs. Buddy Hield, ancien Pacers, a témoigné que cette stratégie avait freiné sa progression et sa valeur contractuelle. Il confie : « Le tanking a tout foutu en l’air pour tout le monde. » (Tanking just f—ed everything up for everybody.)
Pour certains joueurs, voir des inconnus ou des joueurs G League prendre leur place en fin de saison est une source de frustration intense, surtout en année de contrat.
Quelques succès malgré tout
Le tanking a aussi permis à certains joueurs de s’épanouir, comme Josh Giddey, récompense du tanking du Thunder avec le 6e choix de la draft 2021. Ce dernier admet : « Je ne suis pas d’accord avec le tanking, mais je comprends que rester au milieu du classement n’est pas idéal. » (I don’t agree with tanking, but I also do understand being in the middle is probably not where you want to be.)
Les entraîneurs face à ce nouveau défi
Pour les coachs, la situation est complexe. Steve Kerr souligne que la durée moyenne d’un entraîneur est déjà courte et que le tanking ajoute une difficulté supplémentaire. Certains jeunes coachs, comme Will Hardy à Utah ou Jordi Fernandez à Brooklyn, collaborent étroitement avec leurs dirigeants pour maintenir une culture positive malgré les défaites.
Le cas des Sacramento Kings
Les Kings, confrontés à de nombreuses blessures, n’ont pas opté pour un tanking total, préférant maintenir DeMar DeRozan et Russell Westbrook en rôle majeur. Leur coach Doug Christie a déclaré : « Le tanking est la dernière chose que je ferais. Je respecte trop le jeu. Cela nuit aux jeunes joueurs. »
Un problème à résoudre au plus haut niveau
Adam Silver estime que la décision doit venir des propriétaires, car elle a des implications commerciales, sportives et d’intégrité. Le développement des paris sportifs accentue l’urgence de régler cette question, car manipuler les résultats nuit à la crédibilité de la ligue.
Des pistes pour l’avenir
La NBA a présenté plusieurs propositions pour réformer la loterie et limiter le tanking, notamment en élargissant le nombre d’équipes concernées et en modifiant les probabilités. Aucune de ces solutions n’a encore été adoptée, mais Silver souhaite un accord avant juin pour une mise en œuvre dès la saison prochaine.
« Nous devons faire plus qu’ajuster les règles par petites touches. Les incitations doivent changer radicalement. » (We need to do something more extreme than we did with those incremental changes.)
Cet article s’appuie sur des informations publiées par plusieurs médias spécialisés.